La Jordanie ! Un nouveau pays plein de promesses, des sites touristiques mondialement connus (Wadi Rum, Petra), et un climat régional pour le moins tendu. Mais la Jordanie reste, un peu à l’image d’Oman, un pays stable avec un rôle d’apaisement des tensions dans la région. Et contrairement à l’Arabie Saoudite, les sites touristiques sont moins éloignés les uns des autres : sitôt la frontière passée, nous voilà déjà à Aqaba, seul accès de la Jordanie à la mer Rouge, spot de plongée et de snorkeling mondialement connu. Voilà de quoi nous occuper quelques jours.
Jérôme débute par la plongée, mais des problèmes de compensation (on s’en doutait vu la taille du véhicule) ont écourté l’expérience. Alors nous nous rabattons sur le snorkeling, où nous bravons l’eau fraîche grâce aux combinaisons prêtées par Jens et Regina. Encore une fois, de nombreux poissons et coraux nous attendent, ainsi qu’une épave de char à 4 m de profondeur.
Après les centaines de kilomètres enchaînés en Arabie Saoudite, quelques jours à profiter de la plage et des merveilles sous-marines nous font du bien ! Aqaba est également une ville agréable, et nous découvrons très vite l’excellent accueil des Jordaniens.
Notre quiétude est parfois troublée par des bruits de sirènes ou d’explosions venant de la ville israélienne d’Eilat, située à quelques kilomètres seulement. Une situation un peu inquiétante pour nous, mais qui ne semble pas troubler les locaux le moins du monde. Nous quittons tout de même la zone direction le Wadi Rum, une vallée désertique aux nombreux canyons et formations géologiques plus étonnantes les unes que les autres.
Nous parcourons une centaine de kilomètres dans ce désert, en nous baladant dans le sable et entre les rochers, avec quelques pauses pour admirer le paysage depuis les hauteurs.
En quelques jours, le pays nous a déjà conquis, et nous sommes loin d’avoir découvert toutes ses merveilles. Direction donc la mythique Petra, ancienne cité nabatéenne datant de 300 av. J.-C. La ville a connu à son apogée 25 000 habitants et était un important carrefour commercial.
L’accès se fait par un étroit canyon, le Siq, long d’environ 1,5 km, qui débouche directement sur le plus beau joyau de Petra : la Khazneh, le Trésor. Ce nom vient d’une légende bédouine : l’urne funéraire visible en haut du bâtiment renfermerait un trésor, et des impacts de balles, issus de tentatives de pillage, en témoignent encore.
Nous continuons notre découverte de la ville en passant devant des habitations creusées dans la roche, avant de grimper un peu plus haut vers le haut lieu du sacrifice. Vue imprenable sur la vallée !
La descente se fait de l’autre côté. Les sentiers sont nombreux à Petra et il faut aimer la marche à pied. Une fois en bas, nous pouvons admirer le temple ainsi que les mosaïques de l’église byzantine.
Pour cette seconde journée, la météo est un peu maussade. Mais comme la veille, Petra est quasiment vide. Le site accueille en moyenne 2 000 visiteurs par jour, mais du fait de la guerre en Iran, seuls une trentaine de touristes sont présents. La visite reprend où nous l’avions laissée la veille : direction les tombeaux.
Le clou de la journée se situe tout au bout de Petra, à 7 km de l’entrée et après une montée de 800 marches : le monastère. Plus grand et plus large que le Trésor, nous nous protégeons du vent dans une petite grotte pour l’admirer, en compagnie d’un des innombrables chats présents sur le site.
Il faut désormais faire le chemin en sens inverse, et nous rejoignons la voiture ravis malgré nos pieds endoloris. Direction le nord et la mer Morte, avec en route un arrêt à la citadelle de Kerak. De l’extérieur, nous nous attendons à un amas de ruines, mais une fois à l’intérieur, nous sommes agréablement surpris par la taille des lieux, les nombreuses pièces présentes et la vue sur la ville.
Nous arrivons ensuite au bord de la mer Morte. La descente est raide, et pour cause : nous arrivons au point le plus bas de la planète, à environ –400 mètres d’altitude. Nous gagnons également quelques degrés, ce qui fait du bien après plusieurs jours en pull. Le décor est unique : nous descendons à pied vers la rive, passons au bord d’un lac rose et marchons sur une croûte de sel pour rejoindre l’eau.
Nous dormons sur les hauteurs, avec vue sur Israël de l’autre côté de la mer. Les militaires viendront toutefois nous voir vers 1h30 du matin pour vérifier que tout va bien… Et de bon matin, nous profitons des vues spectaculaires, puis un berger de passage nous offre un peu de thé.
Mais que serait un passage dans cette région sans une baignade dans la mer Morte ? Il est bien connu qu’il est impossible d’y couler et que le corps humain y flotte naturellement. Nous testons par nous-mêmes : impossible de s’y enfoncer, la nage est compliquée mais l’expérience est amusante.
Une fois sortis, douche obligatoire : le taux de sel y est dix fois supérieur à celui de l’eau de mer classique, et il est conseillé de ne pas dépasser 15 à 20 minutes dans l’eau. Après la mer, direction la ville de Madaba. Elle est connue pour deux choses : ses mosaïques et ses églises. Il est d’ailleurs possible de monter dans le clocher de l’une d’elles et d’admirer une jolie vue sur la ville.
Avant de prendre la route vers l’Irak, une dernière étape antique : la ville de Jerash, avec le site antique de Gerasa. La cité fut fondée au IVe siècle av. J.-C. et fut occupée par les Hellènes, les Romains, les Byzantins puis les Arabes avant de décliner puis d’être abandonnée. Certains lieux y sont très bien conservés, comme le théâtre sud et le forum ovale, une grande place entourée de colonnes.
Il est désormais plus que temps de filer : notre objectif est de traverser l’Irak le plus rapidement possible pour rejoindre la Turquie. Nous sommes accompagnés pour cette future traversée par Jens et Regina, ainsi que Camille et Matthieu, et nous nous arrêtons visiter deux petits châteaux sur la route.
L’objectif est ensuite de dormir près de la frontière pour attaquer les formalités de bonne heure. Notre plan se déroule comme prévu jusqu’à l’arrivée de quelques militaires. Nous leur expliquons notre situation et, après deux heures de discussion et d’attente de consignes de leur hiérarchie, ils nous demandent de les suivre à leur base, 50 km en sens inverse, « pour notre sécurité ». Nous pensions pouvoir finir notre nuit là-bas, mais il s’agit en réalité d’un interrogatoire. Nous devons expliquer plusieurs fois que nous ne sommes que des touristes souhaitant rejoindre la Turquie au plus vite. Nous sommes retenus plusieurs heures chez eux. Vers 5h du matin, ils nous laissent repartir. Autant dire que notre espoir de commencer le passage de frontière tôt tombe à l’eau. C’est finalement vers 13h que nous quittons la Jordanie.
Le passage par l’Irak est à ce jour la seule solution terrestre pour sortir de la péninsule arabique. La route jusqu’à Bagdad se fait avec escorte militaire, puis seuls au Kurdistan. Plusieurs voyageurs nous ont vanté l’accueil des Irakiens ainsi que quelques endroits méritant un détour, mais pour nous le plan est simple : filer jusqu’à Bagdad, y passer la nuit et finir la route le lendemain.
Nous sommes fins prêts à entrer en Irak, visas en poche, mais cette frontière est réputée être longue. Si tout semble avancer au début, une fois les passeports entre les mains de l’immigration, tout ralentit. Nous n’avons pas vraiment d’informations sur ce qu’il se passe, presque personne ne parle anglais, et nos passeports changent plusieurs fois de mains. Finalement, nous apprenons que nous ne pourrons pas entrer dans le pays suite à une nouvelle directive datant de la nuit précédente. Les raisons invoquées sont sécuritaires : activité des milices chiites alliées à l’Iran en augmentation, et enlèvement d’un journaliste américain à Bagdad.
Après 10 heures d’attente, le personnel jordanien est rappelé en pleine nuit pour nous faire sortir du pays, et nous retournons à notre point de départ pour passer la nuit.
La grande question devient alors : que faire ? Deux routes seulement permettent de rejoindre la Turquie par voie terrestre : l’Irak et la Syrie. L’Irak est fermé. La Syrie reste, mais le pays est très peu visité, encore moins par des voyageurs véhiculés, et la frontière Syrie – Turquie semble fermée aux étrangers.
Sur les groupes WhatsApp, les hypothèses et solutions s’enchaînent. Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. La Syrie nous semble trop incertaine. Nous repartons vers Aqaba tout en explorant la possibilité d’un shipping vers Istanbul ou l’Europe.
Et quel meilleur endroit qu’Aqaba pour décompresser et réfléchir quelques jours ? Il fait beau, chaud, et nous retrouvons Tawen et Daphné rencontrés en Arabie Saoudite. Nous faisons également la rencontre d’Amadi et Sylvie, et nous passons 3 jours en excellente compagnie à refaire le monde entre quelques apéros et pauses snorkeling.
Puis la nouvelle tombe : Matthieu et Camille sont passés en Turquie depuis la Syrie. Yallah yallah, nous filons à toute vitesse vers le nord du pays pour tenter la même chose. Nous quittons la Jordanie le soir même, puis réalisons les formalités d’entrée en Syrie assez rapidement. Nous sommes surpris par la qualité des infrastructures côté syrien, probablement parmi les plus modernes rencontrées jusqu’ici. Nous passons la nuit entre deux postes de garde et prévoyons la traversée pour le lendemain matin.
Lever aux aurores, départ à 6h. Nous aurions bien fait quelques rapides arrêts touristiques, mais nous ne voulons pas perdre une minute et avalons les 450 km quasiment d’une traite.
Nous passons Damas et Homs, des noms que nous n’entendions qu’aux informations, souvent accompagnés de tristes nouvelles.
Les 6h de route se déroulent sans accroc. Quelques checkpoints, mais aucune réelle difficulté. Les routes sont correctes et, malgré les stigmates de la guerre encore présents, la vie semble se dérouler normalement. Nous arrivons finalement au poste frontière de Bab al-Hawa et sortons de Syrie sans souci.
Puis vient la Turquie : si ça coince, c’est ici. Et tout se passe une nouvelle fois sans accroc, la voiture est à peine fouillée. 1h côté syrien, 1h côté turc : nous y sommes. Enfin en Turquie !
Nous retrouvons Camille et Matthieu, qui ont eu le mérite d’ouvrir la route, et nous apprendrons que Jens et Regina sont passé peu après nous sans accrocs. Nous espérons que tous nos amis derrière nous passeront avec autant de facilité.

Bien content de vous savoir sorti de cette zone tendue, les amis ! Mais franchement, ça donne envie d’y aller traîner ses guettes 😃